Hélas! le vieux Penhoat, le pêcheur au trident, est déjà embusqué à son poste, derrière une roche, là-bas, et aucune voile ne se montre, entre les arbres du Guer.

A midi, quand M. L'Héréec et madame Jeanne rentrèrent, madame Jeanne n'eut qu'à regarder Simone pour voir qu'aucune nouvelle n'était venue de Perros ou de Jersey. Il n'était pas facile de lire dans le cœur de la vieille femme. Elle était accablée, silencieuse, comme indifférente à tout. Pourtant Simone crut deviner, à une expression fugitive de détente qui passa sur le visage de la grand'mère, et à l'air de commisération de Fantic apportant la soupière fumante, que personne, dans la maison, n'attendait plus M. Guen, ni Sullian, ni la pauvre femme dont le mari allait s'exiler à son tour.

M. L'Héréec ne se doutait pas que son secret fût connu. Madame Jeanne ne lui avait pas parlé. Il affectait encore, avec un calme apparent, douloureux pour lui, douloureux pour celles qui l'écoutaient et qui savaient tout, de parler de son retour prochain, et de s'intéresser à des détails puérils, comme ceux dont la vie de chaque jour est pleine.

—Vous n'oublierez pas, disait-il, de faire tailler la charmille du grand jardin. Simone l'a trouvée toute délaissée. Quand elle reviendra, une autre fois, vous comprenez...

Des larmes seules lui répondaient. Mais tout le monde était de forte race, dans ce petit groupe des L'Héréec, et personne ne trahissait autrement la peine qu'on devait taire.

Aussitôt après le déjeuner, M. L'Héréec monta dans sa chambre, pour préparer ses bagages. Les deux femmes demeurèrent dans la salle à manger.

—Vous voyez, Simone, dit madame Jeanne: votre mère n'est pas venue.

—Non, grand'mère.

—Elle ne viendra pas.

—Je crois qu'elle viendra, dit Simone.