—J'ai engagé avec moi, reprit la femme, des mères et des filles du bourg, qui sont toutes de tes amies, Marie-Anne: la Guillo, la Betié Naget, la Caoullet, la Fanchen, la Maon, la Cario Palanton, la Gégo et la petite Nehoueder, qui est venue exprès de Louannec.

Elle s'interrompit, en voyant fixé sur elle le regard de madame Corentine et de sa fille. Évidemment, elle n'avait pas osé inviter les deux femmes qui étaient là, les plus proches parentes et les mieux désignées, cependant, pour se joindre à la neuvaine. Ni Corentine ni Simone n'étaient plus de Perros. Leur place n'était plus au milieu d'honnêtes femmes et d'honnêtes filles de pêcheurs, qui allaient prier pour une affligée. Et le visage de la vieille exprimait bien cette sorte d'éloignement que les gens tranquilles, attachés à leurs devoirs, éprouvent d'instinct pour ceux qui vivent en dehors de la règle commune.

Ce ne fut qu'un éclair, ce regard échangé. La vieille se retourna vers le lit:

—Au revoir, Marie-Anne, nous allons partir tout de suite. Il ne faut pas perdre courage.

Elle serra, en croisant les mains sur sa taille, les deux bords du capot qui encadrèrent plus étroitement son visage, et elle s'en alla.

Madame Corentine avait rougi. Autrefois, il y avait seulement deux ou trois jours, elle se serait indignée, elle aurait protesté contre l'offense. Mais, dans la disposition d'esprit où elle se trouvait maintenant, l'humiliation ne souleva en elle aucune colère. Ce que pensait cette femme, madame Corentine n'était pas loin de le penser aussi; elle s'était plusieurs fois sentie mécontente d'elle-même. Le chagrin seul eut prise sur elle.

Marie-Anne avait-elle deviné? Était-ce une invention heureuse d'une de ces âmes qui ont l'instinct de toutes les consolations, et savent qu'il y a des peines autour d'elles sans en savoir la cause?

—Corentine, dit-elle, il faut faire baptiser l'enfant.

—Aujourd'hui?

—Le plus tôt sera le mieux. Tu l'accompagneras.