—Oui, ma chérie.

—Mon père est le parrain. Toi, tu es la marraine. Nous en avions parlé avec...

Elle ne put prononcer ce nom de douleur.

—Oui, dit Corentine, je veux bien, je suis prête à aller. Merci, chérie. Je l'ai habillé, ton ange, veux-tu le voir?

Marie-Anne dit, faiblement:

—Non. J'ai peur qu'il ne lui ressemble. Je ne peux pas. Plus tard!

Elle ne rouvrit les yeux que pour voir passer, un peu après, la sage-femme qui portait un gros paquet de mousseline blanche, Corentine et Guen alourdi par le chagrin. Simone gardait la malade.

Du port à l'église, tout en haut de Perros, la route est assez longue et rude à monter. Sauf au milieu, où, par-dessus les ormes et les pentes précipitées de maigres champs, on aperçoit le paysage de mer, elle est bordée de maisons. Et les gens, déjà mis en éveil par le passage des femmes qui s'en allaient prier pour les naufragés, n'avaient pas fini de causer entre eux de l'événement qui frappait le bourg entier, quand le capitaine et sa fille commencèrent à gravir la côte. Corentine marchait à côté de la femme qui portait l'enfant, et l'abritait de son ombrelle. Le capitaine allait derrière et un peu de côté.

La pitié des hommes est bien courte. A peine avaient-ils aperçu Guen et échangé entre eux quelques mots de sympathie sur le malheur arrivé en Gironde, qu'ils remarquaient madame Corentine. Et plusieurs ne saluaient pas. Plusieurs disaient, sur son chemin, de ces mots qui remuent tout un passé triste, et qui résument douloureusement le jugement sommaire de la foule. «Croyez-vous qu'il soit heureux, ce pauvre vieux, avec une fille veuve et une séparée? Elle l'a déjà laissé assez longtemps seul à Perros. Qu'elle retourne donc! J'aimerais mieux une fille morte, moi, qu'une fille comme celle-là, qui n'a été qu'un tourment pour les autres. Ça ne fait pas bénir les familles, vous savez!»

Elle entendait une partie de ces propos, et devinait le reste, et elle était trop fière pour pleurer, mais les larmes l'étouffaient. Elle trouvait la route interminable.