Enfin, le petit groupe franchit l'enceinte du cimetière. Au milieu des tombes de granit entourées de fleurs, la vieille église ouvrait sa porte en ogive, coupée d'une colonnette, sous le toit qui pendait démesurément d'un côté et trop court de l'autre. C'était la paix pour Corentine. Ils entrèrent. Devant eux, au premier tiers, sur les dalles tout humides des végétations de l'ombre, les femmes de la neuvaine étaient agenouillées en demi-cercle autour d'un des premiers piliers, tout noir de l'encens et de la rouille de dix siècles. Sur le fond sombre du granit, une statuette de la Vierge de Lourdes s'enlevait, toute blanche, ayant une ceinture bleue flottante et deux roses d'or sous les pieds. Elle était posée sur l'épais rebord de la corniche. Tous les visages des femmes étaient levés vers elle. La vieille, en cape de deuil, récitait le rosaire. Elle disait la première partie de l'Ave Maria, que toutes reprenaient et terminaient dans la langue rude du pays. Et, devant elles, minces comme des fils blancs, neuf petites bougies brûlaient dans l'ombre, collées au dos des chaises.

La première voix, ferme, sans inflexion, disait: «Mé o salud Marie, leun o a graces, an otro Doué so ganch beniguet...» Et elles reprenaient, les autres, confusément: «Santes Marie, mam da Doué, pédet évidon péliérien...»

Dans une chapelle toute noire, non loin de la neuvaine, le recteur était venu baptiser le fils de Marie-Anne. Corentine et le capitaine touchaient d'une main le petit, que portait l'autre femme. Ils répondaient à voix basse aux questions liturgiques, détournés, malgré eux, vers les neuf petites lumières et les neuf femmes prosternées.

Le prêtre demandait:

—Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre?

—J'y crois, répondait Guen et Corentine.

—Santes Marie, mam da Doué, reprenaient les femmes.

—Croyez-vous en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur?

—J'y crois.

—Santes Marie, mam da Doué...