Simone marcha doucement, la tête basse, jusqu'à la moitié de la plage. Arrivée là, elle s'était déjà ressaisie. Elle ne pleurait plus. Même, elle éprouvait un contentement et comme un orgueil de ce qu'elle avait fait. Cela dépassait les initiatives ordinaires d'une enfant. Elle le sentait, et, ce qui lui était plus doux encore, c'était de songer à la joie qu'il aurait, lui, son père, en recevant cette ligne écrite par elle, cette ligne qui disait: «Je pense à vous. Je ne vous connais plus guère. Il y a si longtemps que je vous ai quitté! Mais je vous aime. Vous tenez une place très grande dans mes rêves de toute jeune fille. Je voudrais vous revoir. Je voudrais...» Oh! ils en disaient long, les quatre mots au crayon! Et le père comprendrait tout, n'est-ce pas, tout ce qu'elle avait voulu y mettre...

Elle éprouva un peu de gêne pourtant, quand elle vit, sous l'ombrelle à raies noires, sa mère, blonde et fine, qui lui souriait comme d'habitude.

—Eh bien, mignonne?

—Eh bien, maman?

—Plus d'une heure toute seule! A quoi rêvais-tu?

—Vous savez bien que je ne rêve pas.

—Et ce bateau, qu'est-ce que c'est?

—L'Edith. Très joli, n'est-ce pas?

Elle avait rougi en parlant. Madame L'Héréec l'avait remarqué.

—Un anglais? demanda-t-elle.