—Guillaume!
Il se leva, l'oreille tendue vers la fenêtre.
Quelqu'un appela de nouveau dans la nuit:
—Guillaume!
Cette fois, il courut à la fenêtre. La voix était celle qui n'avait plus retenti dans la maison depuis dix ans. Il la reconnut au battement de son cœur. D'où venait-elle? Que voulait-elle de lui? Il se demanda s'il ne rêvait pas. Pour s'en assurer, il tâta de ses deux mains les bordures de granit de la fenêtre. L'impression du froid et de l'humidité le saisit. Non, ce n'était pas une création de son esprit malade. Il se pencha. L'allée était déserte. La pluie fouettait les arbres. De l'autre côté du mur, dans le crépitement des gouttes d'eau, il ne pouvait distinguer aucun bruit de pas. Il chercha du regard, dans le noir uniforme de la nuit, comme si les yeux de femme avaient dû luire. Et il voulut crier.
—Guillaume! répéta la voix, timide, implorante, comme épuisée de souffrance.
Il voulut crier. Il essaya. Un son rauque sortit de sa gorge. Alors il ne comprit qu'une chose, c'est qu'elle allait s'éloigner. Une pensée le traversa jusqu'aux moelles: courir, puisque c'était elle, courir et quoi qu'elle demandât, quoi qu'elle voulût, l'enlever grelottante de dessous l'averse, l'emporter dans ses bras, lui ouvrir la maison, la réchauffer contre son cœur et la couvrir de baisers, et puis revivre avec elle, revivre les années d'autrefois... Toute sa jeunesse était retrouvée, puisque Corentine l'appelait, et c'étaient ses vingt ans qui se jetaient au-devant d'elle, éperdument.
Et à tâtons, à travers le grand escalier qui craquait, étonné d'être troublé à cette heure-là, il descendit. Il arriva devant la porte du jardin. Elle était verrouillée. Il enleva les verrous. Elle était encore fermée à clé, et la clé avait été enlevée.
Il retourna sur ses pas, pour sortir par la cour, à l'autre extrémité du vestibule.
La porte du salon s'ouvrit, et il se trouva face à face avec sa mère.