— Qu’y a-t-il ? demandai-je.
Il passa la main sur son front, et la posa sur un des gros livres à tranche pourpre, comme s’il prêtait serment.
— Un de mes amis vient d’avoir une affreuse douleur ; il me l’a confiée, et vous m’en voyez si ému que c’est à peine si je puis en parler moi-même. Sa femme l’a trompé ! une femme qu’il a gâtée, pour laquelle il s’est à moitié ruiné, qui lui faisait mener une existence absurde, à lui qui n’aimait pas le monde ; une femme qui était sa grande fierté, et sa folie… Il a appris cela tout à coup, sans avoir eu de soupçons… Pas d’avertissement… La mort est entrée à l’improviste.
— Est-il sûr ?
— Trop sûr ! Elle a avoué.
— Cela vaut mieux.
— Vous trouvez ?
Pour la seconde fois, il me regarda fixement, impérieusement, — l’âpreté de ce regard me brûle encore le cœur ; — voulant savoir si je pensais en effet : « Cela vaut mieux ».
— Et maintenant, ajouta-t-il, mon ami veut savoir que faire. Il y a plusieurs solutions, vous comprenez, et il y en a de terribles. Il les a toutes dans l’esprit, toutes ensemble, se heurtant, se combattant, et ne se détruisant pas. Il est comme fou, et ce qu’il veut, ce qu’il exige de vous, c’est un conseil.
— Mais, permettez, monsieur, pourquoi vous adressez-vous à moi ? Je suis jeune, je ne suis pas mariée, je n’ai…