Ah ! si le faucheur d’herbe était là, son fils, ce beau valet de ferme qui venait de prendre ses quinze ans, et que, malgré l’âge un peu trop tendre, trois fermiers s’étaient disputé, parce qu’il était fort comme un homme, et courageux à l’ouvrage, oui, et plaisant comme pas un ! Il n’avait guère qu’un défaut, celui-là même qu’avait la mère : il se tourmentait vite, se consolait lentement, et ne disait point son mal.
Thelma Biélé avait laissé la porte ouverte, à cause de la fumée. Et voici qu’au moment où elle pensait à lui, il apparut sur le seuil, coiffé d’un grand chapeau de paille, vêtu de la veste courte, portant sur son épaule la faux encore mouillée de la sève des herbes, et aussi un paquet de hardes noué tout au bout du manche. La mère courut à lui, l’enveloppa de ses bras, le serra à l’étouffer, le baisa au front et aux joues, comme pour boire au sang de son fils la paix qu’elle n’avait pas.
— Mon André ! Tu descends donc des granges ? Ils ont donc fini là-haut ? Que tu es gentil de venir ! Vois comme je suis contente ! Tu es mon trésor. Nous allons souper, et puis nous irons au village, acheter du pain.
— A cette heure-ci ?
Elle demeura tout interdite. Est-ce qu’il savait quelque chose ? Mais non. Il déposait, dans le coin de la cheminée, la faux et le paquet de linge, et il disait :
— Je comprends : c’est pour le père, demain matin.
La mère enleva la marmite, trempa la soupe, dressa un couvert sur la table de cerisier rouge, dont les pieds, près du sol, étaient poreux comme des éponges.
— Mange, mon petit !
— Et toi, maman ?
— Moi, je ne mangerai pas.