On ne l’entendait jamais parler. Deux ou trois fois seulement, chaque année, il geignait, il restait le matin couché dans la bergerie, sans vouloir dire où il avait mal. Le fermier de la Porchée, qui n’est point un méchant homme, et qui allait visiter son berger et lui demander : « Veux-tu ta soupe ? » avait remarqué que, ces jours-là, Le Harquelier avait les jambes qui tremblaient, et les sabots et les houseaux couverts d’eau et de boue, comme quelqu’un qui a couru la nuit.
Trois ans durant, il l’interrogea, sans avoir de réponse. Un jour pourtant, comme il questionnait encore, avec des paroles amies, son berger à demi mort sur la litière des bêtes, il vit celui-ci se redresser ; il se sentit frôler par le regard qu’on ne rencontrait jamais ; il entendit une voix forte et basse :
— Écoute, as-tu peur de ce que tu ne connais pas ?
— Peut-être bien, dit le patron.
— Si tu as pitié de moi, il ne faut pas avoir peur. Trouve-toi, cette nuit, à deux heures, au carrefour du Chêne. N’amène personne avec toi : on ne te fera pas de mal.
— Vous serez donc plusieurs ?
— Nous serons six, dont tu connais deux au moins. Trois prendront la gauche ; trois prendront la droite. Moi, je serai le dernier, à gauche. Tu ne parleras pas ?
— Non.
— Ni à présent, ni plus tard ?
— Non.