— Ma petite Grésil, dit-elle, puisque vous êtes triste, et que vous vous croyez très malade, si j’étais que vous, je recevrais le bon Dieu.

La tête pâle, sur l’oreiller, remua faiblement pour dire non.

— Je ne demanderais pas mieux, mère Moineau, mais ici, dans cette maison, c’est impossible. Il y a de si mauvaises gens ! Vous n’imaginez pas ! Voilà six mois, il est venu un curé, pour une malade comme moi, et ils l’ont tellement injurié, ceux d’en bas, et même frappé, qu’il a été obligé de se retirer. On n’est guère libre, vous savez.

— Votre mari voudrait-il ?

— Bien sûr, le pauvre !

La mère Moineau resta songeuse un moment.

— Alors, il y aurait peut-être un moyen. Vous diriez que vous allez vous faire soigner dans une maison de santé. Je viendrais vous chercher en voiture, — je ne sais pas qui payerait, mais je trouverai, — et vous prendriez ma place, dans mon lit, pour trois ou quatre jours. Madame Marais n’est pas épaisse ; elle est tranquille ; elle ne dort pas plus de six heures par nuit. Moi, je dormirai sur une chaise. Ma petite Grésil, il faut accepter !

Il en fut ainsi. La bouchère paya le fiacre. Madame Marais fit le ménage « à fond », et mit dans le lit la meilleure paire de draps. Deux locataires, des jeunes, des inconnues pour elle, aidèrent madame Grésil à monter l’escalier. Elle se reposa deux jours. Le troisième, au matin, quand le vicaire vint, il trouva plusieurs femmes à genoux, et une grosse vieille debout, qui soutenait la tête de la malade. A côté du lit, sur la table, il y avait un tout petit crucifix de plâtre, et une touffe de chrysanthèmes, qu’avait envoyée la marchande de légumes.

— C’est votre fille ? demanda-t-il à la mère Moineau.

— A peu près, répondit-elle.