— Eh bien ! Pierre, et le balai ?
— Le voilà, mademoiselle !
Il montre, de sa main ruisselante, l’objet qu’il a jeté sur l’asphalte.
— Mon brave Pierre ! Vous me quittez ?
Il faut croire que j’ai bien dit cela, comme je le pensais, avec un regret. Pierre a secoué ses mains, il les a essuyées lentement, puis, me regardant avec cette autorité des hommes qui sont sûrs de ce qu’ils professent :
— Non, mademoiselle, je n’ai pas l’intention de m’en aller. Je ne travaille plus, tout simplement.
— Parce que ?
— Parce que mademoiselle de Saint-Franchy a fait son Louis XV avec moi !
— Est-il possible ? Son Louis XV ? Mademoiselle de Saint-Franchy ?
— Et pas qu’un peu ! La voilà qui s’amène, tout à l’heure, et qui me dit, en relevant son nez : « Qu’est-ce que vous faites donc, Pierre ? Il est huit heures, et il y a de la poussière partout : faites-moi le plaisir de balayer mieux que ça ! » Faites-moi le plaisir : c’est comme un roi ! Sommes-nous en république, oui ou non ? Mademoiselle, devant vous, je reconnais que je peux mériter une observation. Mais une leçon, jamais : nous sommes en république. Elle l’oublie tout le temps, cette petite Saint-Franchy. Si elle m’avait dit, même elle : « Pierre, vous devriez mieux balayer », on se serait compris. Mais : « Faites-moi le plaisir ! Faites-moi le plaisir ! » Alors, je n’obéis plus. Mademoiselle doit comprendre pourquoi.