Le maître d'hôtel, en mon honneur, a orné la table de rubans tricolores. Tous les convives sourient. J'entends murmurer: «L'entente cordiale!» Et les deux mots sont exacts, sûrement, entre les quatre murs de la salle à manger. Mon hôte me demande:

—J'espère que vous êtes conservateur?

—Oui.

—Very well!

Après le dîner, quand nous passons au fumoir, il allume un cigare, il entame, avec un de ses invités, une discussion véhémente et grave sur le libre échange, et je vois du coin de l'œil, sous le feu des lumières, remuer et puis devenir étale sa barbe blonde et blanche. Mon jeune ami, qui se mêlerait volontiers à la conversation, car il a le goût très vif des choses politiques, pense que l'examen du livre des chasses m'intéressera davantage. Il va prendre dans la bibliothèque un volume relié, doré sur tranche, où, depuis soixante-quinze ans, chaque tableau de battue a été inscrit: faisans, perdreaux, canards sauvages, lièvres. Je relève beaucoup de belles journées, une, toute récente, de 300 perdreaux, une autre de 865 faisans. On a chassé dans l'après-midi, sans grand succès, à cause du vent. Et pendant qu'au dehors la pluie bat les fenêtres, la pluie dont les rafales sont pleines de bruits de mer, j'interroge plusieurs chasseurs sur ce grand «excitement» favori. Ils connaissent bien le sujet. La loi qui régit la chasse en Angleterre, me disent-ils, date d'un peu plus de trente ans, c'est une loi radicale. On s'était plaint du dommage causé par les lapins: elle en a profité, pour attribuer le droit de chasse au fermier.

—Qui le cède au propriétaire?

—Pas complètement. Il peut renoncer à chasser le gibier, les faisans, les cailles, les perdreaux, mais non à détruire les lapins et les lièvres, considérés comme animaux nuisibles. Le droit au lapin et au lièvre est inaliénable. Et de plus, il peut s'exercer toute la semaine, même le dimanche.

—Mais vous aussi, vous pouvez chasser le dimanche? Vous ne le faites pas, je le sais, mais c'est de votre plein gré.

—Il y aurait un moyen fort simple de vous détromper. C'est demain dimanche. Supposons que vous preniez un fusil et que vous alliez devant vous, sur nos terres, avec un de nos gardes...