—Eh bien?

—Vous seriez pris, ou dénoncé au juge. Et le juge vous condamnerait à autant de guinées, à autant de fois vingt-six francs d'amende, que vous auriez abattu de pièces de gibier. Mais, sur votre chemin, à la lisière d'un champ de betteraves, vous auriez pu croiser un de nos fermiers, revenant tranquillement à la maison, avec une couple de lièvres dans sa gibecière.

—C'est un régime qui a dû singulièrement diminuer le nombre des lapins et des lièvres, en dehors des parcs?

—Assurément. Quant aux lapins...

—Vous ne les chassez guère, oui, peut-être même n'en mangez-vous jamais? On me l'a affirmé.

Quelqu'un me répond, d'un ton sérieux:

—Ils sont très appréciés dans la classe industrielle.


Le lendemain, le soleil a paru dès le matin. Je le vois de ma fenêtre. Il met en joie les grives et les merles, que personne ne détruit en Angleterre, et qui courent sur les gazons ras, par douzaines, essayant un commencement de chanson, sans ardeur, en sourdine, comme il convient au milieu d'octobre. Il ne reste plus trace de la pluie d'hier, si ce n'est dans le ciel, tout frais lavé, qui n'est pas sec, qui ne le sera jamais.

Sans que j'aie eu besoin de le demander, lady H... a donné l'ordre d'atteler, pour me conduire à la chapelle catholique, distante de quatre kilomètres et située à l'entrée de la petite ville. J'entends la messe, en compagnie de quarante-quatre fidèles, de conditions très diverses et dont plusieurs doivent venir de fort loin. Pendant ce temps, les propriétaires du domaine et leurs hôtes sont allés au temple. Les chemins sont pleins de gens qui passent, mais qui se taisent ou qui parlent bas. Les automobiles et les cloches rompent seules le silence de cette matinée dominicale. Il y a du jeûne dans le dimanche de nos voisins. Mais j'ai toujours trouvé que c'était là un sot thème de moquerie, et que cette rigueur, ne fût-elle qu'apparente, ne va pas sans grandeur.