—Mais, monsieur, cela dépend d'un autre que moi!
—Trouvez cet autre!
Les chasseurs sont encore plus ardents. J'entends parler de carabines à double détente, de fusils à trois coups, de fusées pour faire sortir le renard bleu de son terrier, des moyens de parer l'attaque du morse: «Une hache qu'on porte à la ceinture, monsieur, et qui sert à abattre les défenses de l'animal, s'il vient s'accrocher aux embarcations.» Les moins baleiniers d'entre nous racontent, d'un air déçu, l'épisode des bains de mer, la rencontre au large de Trouville: «C'était un simple souffleur!» Et les grands chasseurs, les vrais, mis en route par ce qu'ils entendent, causent en arrière, en groupe fermé, sérieux. Ce sont des gentilshommes amateurs de fauves. Ils n'épaulent pas dans le récit; ils ne crient pas; ils disent. A l'éclair de leurs yeux, on devine qu'ils ont un joli goût du danger.
—La grosse bête manque en Égypte. Ainsi, vous ne commencez à trouver le lion qu'aux environs de Khartoum. Un jour que je descendais en rapide, dans un canot, j'aperçois l'animal entre deux roches; je n'avais que deux ou trois secondes pour le tirer; alors...
Le vent emporte la fin de la phrase.
—C'est comme aux Indes, reprend l'autre; il faut être un rajah pour chasser: le tigre est protégé, à présent!
Tout à fait en arrière, un Parisien, d'une mentalité très différente, murmure:
—Moi, au Spitzberg, je m'attache à l'ours blanc. J'ai promis à Valentine une mère pleine, pour mettre dans nos chasses de Seine-et-Oise.
Quelques jeunes femmes,—il y a une quarantaine de dames à bord,—élégamment encapuchonnées, enturbannées de voiles blancs, étendues sur des chaises longues, les yeux à demi fermés, le menton levé vers le large, tiennent des propos moins sauvages. L'une d'elles a ce mot charmant, qui tombe et que je recueille en passant:
—Le bridge a détruit bien des familles, où il était agréable d'être reçu.