—Monsieur, si nous sommes renfloués, peut-être le commandant aura-t-il besoin d'argent comptant?

—C'est possible, je l'ignore.

—Voulez-vous lui faire dire que j'ai des lettres de crédit sur...

Le Parisien qui me fait cette confidence a un sourire amusé.

—... Sur les banques les plus voisines.

Et il me nomme les villes, en me montrant trois lettres représentant une fort belle somme.

L'offre s'est trouvée inutile. Elle aurait pu servir.


A midi, le commandant, fidèle à sa promesse, envoie la chaloupe avec un déjeuner froid, copieux. Il n'y avait pas de verres pour boire, mais chaque groupe de dix reçoit deux pots à confitures vides, dont l'un est réservé aux dames, et l'autre attribué aux hommes. Une gaieté assez vive et générale règne dans Outer Norway pendant le repas et les premières heures qui suivent. On va puiser du café dans une des deux grandes marmites disposées au-dessus d'un feu, en haut de la plage. On photographie tout. Je découvre même quatre joueurs de bridge dans un coin abrité. Puis le froid s'avive, à mesure que le soleil descend. Ce bon moral n'est pas sans mérite: il n'est pas non plus sans raison. Nous sommes à peu près sûrs d'être sauvés. Les heures ont passé; avec des jumelles, on voit maintenant les deux navires sauveteurs près du nôtre. Ils doivent travailler au renflouement de l'Ile-de-France, mais nous ne pouvons suivre la manœuvre. Tout a l'air immobile.

Un peu de brume coule du large et nous enveloppe. Rien n'indique que nous devions être délivrés avant la nuit, avant demain peut-être.