—On ne sait pas.

—De quel pays étaient-ils?

—On ne sait pas.

Les heures s'écoulent. Je fais le tour du camp. La privation du chocolat matutinal commence à se faire sentir. Ostensiblement ou en cachette, selon l'humeur, des hommes et des femmes aux yeux cernés mordent des croûtes de pain ou un biscuit qui gisait, dédaigné, au fond d'un sac. Nous n'avons pas de vivres; on a promis seulement que la chaloupe apporterait le déjeuner, vers midi. Je passe près du bivouac de joyeux compagnons belges, qui ont planté parmi les pierres le drapeau de leur pays natal. L'un d'eux me fait signe d'approcher encore, et, confidentiellement:

—Monsieur, me dit-il, j'ai de l'amitié pour vous.

—J'en suis touché.

—Monsieur, vous n'avez pas de provisions?

—Ma foi, non.

—Moi, j'ai passé par les cuisines, avant de débarquer. Acceptez une tablette de chocolat... et... cette brioche.

Je remercie la Belgique, et j'aperçois, au-dessus des charbons ardents, le premier canard tué ce matin et déjà plumé, embroché, qui cuit. Je dois à la vérité d'ajouter que l'aspect du rôti est fuligineux et peu appétissant. Quelqu'un m'appelle encore et s'éloigne avec moi: