Il donne un coup de poing sous sa table, et dans un éclat :

— Unité d’ langue en France ? Existe pas ! Alors ?

C’est lui-même qu’il interroge et qu’il oppose ainsi aux imbéciles et aux lieux communs. Car c’est cela son cours, ou semblant de cours : une pétarade contre tout ce qu’on a l’habitude de dire et de croire.

— L’unité d’ la France ? Allons ! Au Nord, toits hauts… Midi, toits bas… Et voyez cuisine… au moins trois régions : l’ beurre, l’huile, la graisse d’oie !…

Il lève le nez, puis jette en l’air une phrase incompréhensible qui fait le bruit d’un gargarisme.

Sur quoi, il replonge dans ses papiers.

— La religion ?… Aucun élément d’unité… D’ailleurs pas spontanée… N’est uniforme que par institutions imposées… Surplus, d’puis un siècle, moitié d’ la Société l’a abandonnée.

Et cette proposition le fait éclater d’un mauvais rire que, tout de suite, il contient. Car son cours, en somme, lui donne plus de dégoût que de joie. Il vous le flanque à la tête : c’est un paquet de sottises. Il a l’air de dire : « Tas d’idiots ! Ça vous suffit pas ?… Vous en faut encore ?… Attendez ! »

— Reste la race !

Il a dit ces trois mots comme on cracherait ses dents.