Il ajoute :

— Qu’est c’est la p’tite bourgeoisie ? Des gens qui méprisent travail manuel, mais estiment professions sédentaires et écritures. Il faut y joindre acteurs et musiciens. D’ailleurs…

Il regarde le plafond et se balance :

— D’ailleurs, peuple et bourgeoisie mêlés. Plus d’ classes. Grands bourgeois épousent couturières et personne fait plus attention !

Sur quoi il ne peut s’empêcher de rire encore. Il est radieux de constater partout, dans tous les pays, dans tous les temps, la folie de la pensée humaine, le désordre des sociétés, la relativité de tout ce qui est. Au fond, l’humanité l’enchante, tant elle l’écœure, et ses propres leçons l’amusent, à force de lui faire pitié. Car il ne croit pas plus à l’enseignement qu’au reste, mais, persuadé que tout cours est imbécile, il illustre du moins cette pensée-là d’une démonstration claire. Lancé dans l’Histoire, il y saccage et embrouille tout, et on dirait un vieux chien crotté qui fait irruption dans un salon pour éternuer et gratter ses puces.

— En Bret… en Auv… en Normandie !…

Il y a trois quarts d’heure qu’il parle : il s’énerve.

— Le… la… les bestiaux sont attachés à… à la… au piquet… jusqu’à ce qui… que… qu’elles aient brouté le… les… la luzerne !

Il se calme tout de même, prend chaque province française, la stigmatise en deux phrases, signale les prunes d’Agen, les poulardes du Mans, les sardines bretonnes ; et comme l’heure sonne, il saute sur sa chaise, balbutiant :

— Vers à soie… maladies… luscardine… picardine… tournent au jaune bleu… lascardine… rascardine !…