Il ricane, disparaît : c’est fini.

Je ne dis pas que pour de jeunes français, ni pour de jeunes étrangers, ni pour personne d’autre, ce soit un enseignement précieux, mais j’avertis qu’il ne faut pas considérer M. Seignobos du même œil que ses voisins. La qualité de cette Sorbonne vient précisément de la variété de ses fonctionnaires. M. Seignobos le dit expressément : « France, cul-de-sac Europe. En France, toutes les races ! » M. Seignobos est un échantillon français qui ne ressemble à aucun autre ; il faut lui mettre une étiquette spéciale. Mais avant de la mettre, il convient de réfléchir. Dire qu’il est « incompréhensible », c’est vite dit… s’il se comprend lui-même… — Dire qu’il est « dangereux » ? Pourquoi ? Parce qu’il est sceptique, diabolique, sectaire ? Mais si on ne le comprend pas, où est le danger ? — Je n’ai encore entendu qu’un auditeur parler de lui avec justesse.

C’était un grand Anglais, réjouissant à regarder. Perchée sur un long corps, il portait une petite tête rouge brique, dont le front était resté blanc ; deux sourcils d’étoupe rousse, un poil noir par narine, une nuque mousseuse de cheveux follets, complet épinard et grosses chaussettes carotte dans des souliers à double semelle : je le vis sous cet aspect suivre, tout un mois, le cours piquant de M. Seignobos.

Et au bout du mois il me confia ceci, avec gravité :

— Monsieur, je suis le Recteur, n’est-ce pas, de l’Université de Wowowrod, pays de Galles. Eh bien, je n’ai eu à Paris aucune plus intéressante expérience, n’est-ce pas, que les cours de ce Seignobos.

Et il ajouta dans un sourire :

— Vraiment, j’ai beaucoup joui !

Puis, fort sérieux, il m’expliqua que cet homme était shakespearien, n’est-ce pas, car, en le regardant, il avait cru voir, à certaines minutes, une sorcière installée en Sorbonne.

D’ailleurs, l’air de la salle sentait le roussi. M. Seignobos ne venait-il pas à ses leçons sur un balai rôti ? Le recteur se le demandait. — Et voyant M. Seignobos ouvrir sa serviette, le recteur avait eu peur qu’il ne s’en échappât des crapauds et des salamandres.

En conclusion, sans trace d’humour, il disait qu’à sa connaissance, dans toutes les Universités du monde, il n’y avait personne qui représentât plus plaisamment ce que les initiés appellent la « Fantaisie », et certains autres la « Folie pure ».