IV
MONSIEUR VICTOR BASCH
OU
L’ESTHÉTIQUE EN ACTION

« Après vous avoir montré les fous qui sont enfermés, il faut que je vous en fasse voir qui mériteraient de l’être ! »

Le Sage.
(Le Diable boiteux.)

Encore un savant, quoique à la Faculté des Lettres !

Celui-ci s’annonce professeur d’Esthétique et de science de l’Art. Mais, à la différence de M. Seignobos, il adore son cours. Il arrive en avance, impatient de pérorer. La Sorbonne lui fournit non pas une chaire, mais un tréteau, sur lequel il se joue lui-même, en virtuose improvisateur. Et professeur d’esthétique veut dire : « Moi, Victor Basch, vais me raconter esthétiquement ! »

Comme tous les gens de théâtre, il a une haute idée de soi. La preuve, c’est qu’il dit : « Ne trouvez-vous pas que je ressemble à Caillaux ? » Hanté par ce modèle, il se croit tout permis. — Il fait irruption dans son amphithéâtre, ne dit pas « Messieurs », parce qu’il a envie de dire « Mes amis » ainsi qu’à des maçons et à des terrassiers, et commence d’une voix haute, insolente, impudente :

— J’arrive. Vous me regardez. Je vous regarde. Quelle différence entre nous ? Celle-ci : je sais, moi, ce que je vais dire, et vous ne le savez pas ! Je vais dire : « Qu’est-ce que le tragique ? » Boum !

« Boum ! » c’est, sur l’estrade, un coup de talon, qui va se répéter vingt fois durant une heure de cours, et accompagner la fin de chaque phrase capitale.

— Donc, le tragique est-ce le dramatique ? Non ! Or, le dramatique est-ce l’art dramatique ? Du tout ! Qu’est-ce donc ? Patience ! Remontons de concept en concept. Y a-t-il ici quelqu’un qui soupçonne ce qu’est l’Art ? Je dis quelqu’un, sans désigner le sexe ni la couleur des cheveux… Et j’écoute ! Homme, femme, enfant, parlez ! Personne ne parle ? Hein ? Comment ? Vous avez confiance en moi ? Merci. Très flatté !

Le public sourit. Lui se rengorge. Dix pas de long en large, et d’une voix claironnante :

— Or, donc, l’Art, — suivant ma conception de cette année, résultat de mon cours de l’an dernier, — l’Art c’est l’expression, et l’Art c’est la représentation…