Il arrive alors qu’il paraît insensé, parfois révoltant. Bien mieux, il s’en aperçoit et il devient agressif. A la manière de Caillaux, son maître, il défie le public. Si bien que celui-ci, après avoir souri, après avoir ri jaune, après avoir grogné, éclate et proteste.
M. Victor Basch est d’une race souple, grâce à Dieu, au Dieu des Juifs, et il n’insiste pas. Il a l’intelligence variée. Donc, il fait demi-tour avec grâce, et simplement revient à sa période esthético-philosophique.
— Quelle fut, s’écrie-t-il, la première forme du Drame ? Parole ? Danse ? Musique ? Répondez, sans avoir peur !
Une voix d’admiratrice, timidement, murmure : « La musique… » ; une autre « La danse… » Il hausse les épaules et réplique :
— C’est indémontrable ! Il est même absolument vain de se poser cette question ! Contentons-nous de dire qu’elles ont commencé simultanément, et examinons la danse avant le dramatique !
Là, faisant une grimace affreuse, il s’offre à l’attention de son auditoire :
— Regardez un sauvage ! Revient-il d’une bataille ? Image de la guerre ! Boum ! (Coup de talon.) A-t-il perdu un enfant ? Image de la mort ! Xi… couic !… ce qui nous attend tous ! — Dans tous les cas, il danse, il danse !… Devinez combien il y a de formes de danse ?
La directrice du pensionnat va répondre : elle ouvre la bouche ; elle se rappelle un chiffre, fourni jadis par M. Seignobos ; mais Victor Basch, bridant les yeux, lance avec volupté :
— Trente-deux, Madame ! Il y a trente-deux formes de danse !
Les vieux messieurs sont trop vieux, les jeunes filles trop jeunes, pour deviner l’intention finement obscène que seul un étudiant relève d’un gros mot de mépris. Victor Basch n’entend pas, tout à sa danse :