— Un peu ! reprend l’étudiant.
Basch s’essuie le front :
— J’ai cette bonne fortune d’entendre qu’on rit, alors que je n’ai rien dit de drôle ! Preuve instructive, preuve décisive de la place énorme que tient l’inconscience dans une nation ! Car ce rire, ce simple rire, évoque en moi la guerre et la paix ! Pauvres de nous ! Offensives insensées ! Traités délirants ! Avertissements d’huissier grippe-sou à des ennemis réduits à la famine !
Cette fois, c’est trop : l’étudiant et une dizaine de personnes s’agitent, tapent du pied, chahutent.
Alors, c’est le tour de Basch de rire. Il rit largement. Voilà dix ans qu’on interrompt son cours ! Et dès qu’on l’interrompt, voilà dix ans que chaque fois, comme aujourd’hui, un groupe d’étudiants balkaniques et jargonnant, aux cheveux d’Assyriens et aux yeux de gazelles, se précipitent pour le défendre !
Dieu des Juifs, sois béni : il ne court aucun danger. Pourtant, des mots redoutables s’échangent : « Boche !… France ! » Quelqu’un crie : « C’est un sale hongrois ! » Basch, immobile, hausse les épaules.
Un balkanique lève le poing ; un français lève sa canne. Basch fait « Boum ! » du talon.
Une femme appelle « Au secours ! » On se rue vers la sortie. Basch clame : « Le traité ! Voilà bien le traité de paix ! »
Les garçons de salle ont couru chercher des agents, qui arrivent et augmentent le désordre. L’un d’eux s’approche de Basch et l’invite à sortir.
— Bien ! De mieux en mieux ! rugit Basch. Tel est l’enseignement de la France !… Tant pis ! Ils ne sauront pas ce que c’est que le mimus… qui, au surplus, ne les regarde pas, car il est le sujet, non de mon cours public, mais de mon cours fermé. A bon entendeur, salut !