— Nos pauvres maîtres ne sont pas sensibles !…
Ils ne sont rien. La Démocratie les entretient et les chérit, parce qu’elle a d’abord le goût du médiocre. Elle vit dans la terreur de l’homme rare, qui pourrait être un chef, et qui la tuerait. Elle aime les Aulard et leur travail de taupes, tous les autres et leur stérilité. Avec eux elle est tranquille. Elle contemple son peuple, et elle se dit : « Je les abêtis. Ils m’aimeront plus aisément ! » — L’École avec un grand E, l’Université avec un grand U, voilà la ritournelle la plus chère aux plus récentes démagogies. Un pion pour dix jeunes gens : le pays est sauvé, et l’âge d’or commence !
A pareilles âneries il faudrait répondre en jouant du tambour ou des cymbales. Je n’en ai pas. Je terminerai donc moins bruyamment, par le simple récit d’un miracle.
— D’un miracle ?
— D’un vrai, contrôlé par moi, et que je dédie, — cela s’entend, — aux organisateurs du grand banquet du 13 avril, puisque c’est eux qui ont su, sans que je le dise, que j’avais fait campagne contre la Sorbonne au nom des religions.
Messieurs, un jour de l’hiver dernier, dans l’amphithéâtre Richelieu, où se trouvent quelques statues de grands hommes, la salle étant pleine et l’air surchauffé, il arriva que les murs coulèrent, et je fus frappé soudain de voir que lesdits grands hommes avaient le visage qui transpirait !
J’en reçus un coup !
Désormais, j’étais incapable de suivre la leçon… Mes yeux ne pouvaient quitter ces malheureux… Vous me direz : « C’était de la vapeur d’eau ! » Je ne puis me résoudre à le croire.
Il y a dans toute chose un sens plus mystérieux que ce que la Science explique. Je suis sûr, — comme s’ils me l’avaient dit eux-mêmes, — que ces hommes de marbre, à force d’être constamment là, condamnés toujours à entendre des pauvretés, symbolisaient pour une fois, d’une manière insigne, et comme surnaturelle, l’enthousiasme des auditeurs de la veille, du jour et du lendemain.
Mai 1921.