— Il leur faut une femme, oui ; mais ils ont encore plus besoin des hommes.
— Mais nous : est-ce que l'homme que nous aimons ne nous suffit pas?
— Ce n'est pas possible, chère madame…
— Qu'est-ce qui n'est pas possible? Que nous nous contentions d'un homme aimé?
— Je ne sais pas… Que nous nous contentions de lui, qu'il se contente de nous… Tout ce que je sais, c'est que ça ne va pas comme ça… Quand on se marie, on va faire un voyage de noces : c'est ce qui prouve déjà qu'on ne se suffit pas ; et dès qu'on est revenu, on se dépêche de voir du monde.
— Quand on se marie, s'entend, parce qu'on ne se marie pas toujours à son gré, — nous en savons quelque chose, vous et moi ; — mais entre amants?
— C'est tout pareil, dit Clara avec une parfaite et pure simplicité.
— Je ne vous comprends pas! s'écria Élise ; mais moi, j'aime! j'aime!…
— On jurerait, ma foi, que c'est vrai! dit Clara. Ah! madame, je ne vous le dirai jamais assez : vous m'êtes sympathique!…
Et Clara regarda Élise. Elle penchait un peu la tête sur l'épaule ; sa bouche dessinait un sourire tendre, peut-être malicieux aussi et peut-être pitoyable ; ses yeux s'efforçaient de ne pas dire tout ce qu'ils eussent voulu.