L'incident, grâce à Dieu, fut dépourvu de suites fâcheuses ; mais Élise n'en demeura pas moins dolente et meurtrie tout l'hiver, et il fallut recourir à mille stratagèmes pour réduire autant que faire se pouvait les risques de rencontres entre le sous-lieutenant et la jeune fille. Une année entière, la famille n'eut pas d'autre souci. On regrettait que la petite folle n'eût pas fixé son caprice sur quelque baigneur étranger, qui, du moins, eût disparu dès septembre. Et, lorsque la saison se rouvrit, puisque aussi bien il ne fallait pas songer à boycotter le Casino ni la plage, on appliqua tout un programme longuement et minutieusement élaboré par M. de La Hotte en sa chambre aux paperasses.
Il consistait à couper, par des excursions, voire par un voyage, la période d'inévitables contacts avec la compagnie hétéroclite du Casino, avec cette turbulente société où l'on attendait pourtant que l'idéal fiancé se révélât!
Dès le commencement de la saison, on remarqua, parmi les baigneurs et les danseurs, un très beau garçon nommé M. Destroyer. C'était un ingénieur des arts et manufactures ; il dirigeait une usine dans le département de la Loire.
Il parut immédiatement dangereux, soit à cause de sa beauté physique, soit parce qu'on l'avait vu, pendant la première semaine, rejoindre sur la plage une femme aux cheveux teints et qui ne se mêlait à aucun groupe.
Madame de La Hotte avait une si vive crainte que sa fille ne tombât amoureuse de ce bellâtre qu'elle s'en ouvrait à tout venant.
— Voyons, chère madame, ou chère cousine, lui répliquait-on, pourquoi si tôt vous alarmer? Élise semble-t-elle avoir remarqué ce monsieur?
— Non.
— Eh bien?
— Justement! C'est un très beau garçon. Elle ne lève pas les yeux sur lui ; du moins je ne l'ai pas vue le regarder une seule fois ; ne cacherait-elle pas son jeu?
— Oh! Madame, qu'allez-vous chercher là? Élise n'est pas dissimulée…