— C'est exact. De ta sœur tout au moins et d'un de tes frères, si je ne me trompe. Ils se rencontraient tous les jours sur la plage…

— Et ils ont parlé de moi? Elle leur a dit qu'elle me connaissait?…

— Tu me pardonneras ce que je vais te dire… Avec des lascars comme il y en a dans ta famille, ça n'aurait pas été le moyen de se faire valoir…

Élise, en effet, s'oubliait. Elle perdait de vue très facilement les motifs qui l'éloignaient de sa famille. Tout entière à ses préoccupations personnelles, elle ne situait plus sa condition sur ce qu'on nomme l'échelle sociale. Et, de son amant même, si inhabile à traiter des choses morales, elle subit ce douloureux rappel à la notion de la valeur qu'elle représentait aux yeux du monde.

Dès lors elle évita de parler de « madame Saulieu ». Elle n'osa même pas dire à propos d'elle à Jean-Marie ce qu'elle avait eu l'intention de dire, à savoir : « Mais, puisqu'elle m'a écrit avec tant d'insistance, et si ce qu'elle a fait partait d'une bonne intention, je pense qu'elle me verra?… »

Car, comme tous les autres, Élise, Élise elle-même, malgré le passé, malgré l'ambiguïté des agissements de Clara à son égard, Élise eût volontiers vu celle qui était devenue « madame Saulieu »!

La vie reprit comme précédemment, avec cette différence que Jean-Marie parvint à distraire une soirée et puis deux sur le temps déjà court qu'il consacrait à son amie pendant la semaine. Que faisait-il de ces soirées? Il ne s'en cachait pas. Il y avait le soir de réception chez les Saulieu, et il y avait un autre soir où il était prié à dîner chez les Saulieu encore, avec quelques intimes.

Un soir d'octobre, presque toutes les habitudes d'hiver étant prises, — sauf les réceptions chez les Josse, de qui Élise n'avait point entendu parler, — Jean-Marie consacra toutefois à sa maîtresse une des soirées qu'il passait invariablement chez les Saulieu. Élise ne put s'empêcher de lui demander :

— Mais, enfin, comment se fait-il?…

Il sentait qu'il ne devait pas répondre :