La femme aux cheveux teints ne l'accompagnait pas. Ce charmant homme n'était même pas embarrassé d'une liaison!

Il conquit M. de La Hotte, au cours de la conversation, en prononçant le nom d'un sien cousin, conservateur des hypothèques à Quimper, que le généalogiste avait connu et de qui il établit aussitôt des liens de parenté avec trois autres groupes de parents de M. Destroyer.

On fit de concert la visite du romantique Montorgueil, et l'on se promit de se retrouver pour les promenades classiques de l'île : Sainte-Brelade, le Trou du Diable, etc… Malheureusement, M. Destroyer n'était pas descendu, à Saint-Hélier, au même hôtel. On tomba d'accord que c'était dommage, ce qui prouvait que la compagnie du jeune homme était désirable.

Elle le fut si bien que l'économe M. de La Hotte se laissa convaincre par le nouveau compagnon de voyage d'échanger ses billets de retour par Granville directement, pour des billets de retour par Saint-Malo, ce qui allongeait l'excursion.

De Saint-Malo, on fit ensemble la promenade de la Rance, pittoresque et charmante rivière que l'on redescend à la tombée de la nuit, pour revenir à l'estuaire admirable où se croisent les feux de Saint-Servan, de Dinard et de Saint-Malo.

Élise enveloppée de châles et de foulards, à l'avant du bateau, le nez fouetté par l'air marin, où se mêlait le parfum des foins qui venait des rives, s'entretint presque toute la soirée avec M. Destroyer. Les longues moustaches de celui-ci étaient rejetées en arrière.

En retour du sacrifice que la famille de La Hotte lui avait consenti, M. Destroyer, galant homme, qui devait, de Saint-Malo, rentrer à Paris, prolongea d'une huitaine sa saison à Granville.

Mais les La Hotte, désormais, le possédaient. Grande déception pour les jeunes filles, triomphe inopiné d'Élise, qui, d'ailleurs, n'y tenait pas outre mesure, mais le savoura presque autant que sa mère.

M. Destroyer s'était montré assez généreux durant le voyage ; on crut devoir l'inviter à dîner. Toute la ville sut qu'il avait dîné chez les La Hotte, et l'opinion le maria avec Élise.

Il ne demanda cependant pas la main d'Élise, et il n'y avait même entre elle et lui aucun flirt. Mais il dut s'informer d'elle et de sa situation. C'était un homme accoutumé de voir les femmes se jeter à ses pieds ; il demeurait dans l'expectative ; quand les avances étaient faites et se trouvaient acceptables, il les examinait volontiers.