— Écoute, Jeannette… Oui, tout ça est difficile à comprendre pour toi ; mais j'ai besoin de savoir : est-ce que tu viendras avec moi?

— Pourquoi est-ce que Madame me pose une pareille question? Est-ce que j'ai jamais vécu sans Madame depuis que Madame est au monde? Pourquoi est-ce que j'abandonnerais Madame?… Où c'est-il que je pourrais aller sans Madame?

— Oui, je connais ton dévoûment, Jeannette, mais enfin, je te disais tout à l'heure que je me moquais du qu'en-dira-t-on : te sens-tu de force à le mépriser comme moi?

— Un faux pas est vite fait quand l'âge tourmente et qu'on a du sang!…

— Tu ne craignais donc que les commérages! Mais tu avais ta conscience. Tu crois en Dieu?

— Le bon Dieu est loin ; les commères aux portes. Il a de l'indulgence encore, Lui ; mais non pas elles…

— En province, admettons ; mais à Paris, quand on veut ne plus connaître personne?

— Madame compte ne plus connaître personne?… Madame ne veut pas courir à sa perte?…

— Allons! tu prends tout au tragique, ma bonne Jeannette ; on voit bien que tu n'es plus une jeunesse. Moi, c'est drôle, je n'ai peur de rien ; je romps avec tout le monde ; je vais habiter, toute seule, un petit appartement de rien du tout. Plus de visites, plus de dîners ; la liberté complète. Honni soit qui mal y pense!

— Madame est jeune, elle, comme elle dit. Oh! oui! Madame est jeune, Madame ne sait pas ce qu'elle fait. Madame veut-elle me permettre de lui dire ce qu'elle fait? Je supplie Madame de faire appel à toute ma vie de dévoûment à elle et à sa famille pour me passer la liberté que je prends en lui disant un pareil mot?…