L'après-midi, elle alla rue Guénégaud, et là, moins encore, fut-il question du sujet.

A une interrogation de son ami, elle dit :

— Je vais avoir le temps de penser à tout cela, une fois seule…

Il sourit, hocha la tête ; et, en lui-même, ce grand gaillard apte à porter des fardeaux disait : « Au diable!… »

En rentrant quai du Louvre, vers la fin de la journée, Élise fut comme happée par madame Courvoisier, qui, ouvrant la porte de sa loge et s'effaçant pour inviter sa locataire à entrer, sembla faire le vide en son réduit. Aucun mot, nul cri de la part de la concierge, mais cette porte ouverte précipitamment, cet effacement de toute la personne de la concierge replète, et Élise se crut appelée à l'intérieur de la loge où elle n'avait jamais mis le pied à cause de l'épaisse odeur culinaire et de l'humaine qui s'y superposaient désagréablement. Elle entra. Madame Courvoisier ôta ses lunettes d'une main, et, de l'autre, tâtonnant, elle arracha d'un coin de la vitre où elles étaient fichées une carte de visite cornée et une lettre. Puis, remettant tout à coup et précipitamment ses lunettes, la concierge s'approcha du visage de sa locataire et l'examina.

Le visage de la locataire exprima assurément la surprise, mais non pas du tout celle qui paraissait escomptée. Toutes choses ne pouvaient affecter qu'à la surface cette femme à peine échappée des bras de son amant et encore toute ravie d'amour.

La carte cornée était celle de M. Destroyer. Sur l'enveloppe de la lettre, Élise reconnut l'écriture de son mari.

Et pendant qu'Élise ouvrait la lettre et en prenait connaissance, la concierge, pourtant attentive à l'examiner, parlait :

— Ce Monsieur est venu, Madame n'avait pas tourné le coin du quai…

Ce qui expliquait que la lettre, écrite dans un café du voisinage, probablement, avait eu le temps de parvenir à son adresse avant que sa destinataire fût rentrée.