Madame de La Hotte, qui avait préparé sa première phrase, à son entrée, et y avait, à son insu, inséré tout, ne savait plus quoi dire. Alors, elle s'adonna à la passion. Elle murmura :
— Jamais cette fille-là n'est née de moi. Je n'ai pas donné le jour à un monstre…
M. de La Hotte reprit en s'adressant à sa fille qui ne parlait pas :
— Tais-toi! Tout ce qui pourrait sortir de ta bouche en présence de ta mère serait indécent. Tais-toi. Taisons-nous. Nous sommes venus te chercher.
Alors Élise sursauta :
— Cela, dit-elle, non. Ce n'est pas possible.
— Pas possible! s'écria M. de La Hotte, mais c'est ton père qui te l'ordonne!
— Papa, ne m'obligez pas à vous contrarier. Je suis mariée ; c'est vous qui avez voulu que je me marie. Je ne suis plus une enfant. Je suis libre…
— Mariée!… parlons-en! Et tu es libre de nous assassiner? de nous ravir plus que la vie : l'honneur?
— Papa, pourquoi de si grands mots? Je ne pense à attenter ni à vos jours ni à votre dignité. Vous connaissez l'histoire de mon ménage? Dans mon ménage, la vie est impossible. Mon mari ne m'a jamais aimée ; je n'ai jamais aimé mon mari…