— Ma pauvre enfant, dit-elle, avant de te maudire, moi, je veux encore te laisser le temps de penser à ton principal intérêt. Ne fais fi ni de ta famille ni du monde auquel tu appartiens, parce que tu ne les remplaceras pas. Il nous faut quelqu'un auprès de nous : mieux vaut encore celui qui nous incommode un peu que celui qui peut à chaque instant nous quitter.

M. de La Hotte parut approuver ces paroles. Il avait peu envie d'en ajouter d'autres.

— Eh bien, Élise? dit la mère afin d'aboutir à une conclusion.

Élise sentit les larmes lui venir ; elle se jeta au cou de sa mère et lui dit à l'oreille :

— Maman… Tout ça, c'est très bien, mais je suis amoureuse…

Madame de La Hotte se tut, et, bien qu'elle connût ce qui lui était révélé, elle s'affaissa dans un fauteuil en faisant craquer la housse. L'attention qu'elle dut porter à la déchirure produite la dispensa de retrouver ses esprits. Et ses esprits se concentraient autour de cette idée : « Elle a rencontré un homme plus beau que monsieur Destroyer!… »

A la fin, le temps s'écoulant, personne ne reprenant la parole, madame de La Hotte, incitée à la complaisance par l'image qu'elle se faisait d'une aubaine qu'elle eût jadis secrètement souhaitée pour elle-même, laissa tomber ces mots qui clôturèrent l'entretien :

— Cela passera ; prenons patience. Tout vaut mieux qu'un divorce.

Alors M. de La Hotte retourna vers la porte, sans mot dire. Élise vit son père qui s'éloignait d'elle. Madame de La Hotte se leva ; elle s'approcha de sa fille pour lui dire un dernier mot à voix basse, qui fut :

— Petite sotte! rentre donc chez ton mari tout de même