Par cette parole providentielle, il sembla soulagé. La puérilité de cet homme robuste était si grande, qu'il lui parut que ce n'était plus lui qui entraînait Élise vers le couple irrégulier auquel il y avait tant de chances qu'on se mêlât, peu ou prou, mais qu'un caprice de la seule Élise décidait du sort. Il eut l'astuce de répondre :

— Ce n'est pas moi qui t'y conduis!…

Élise était enivrée par la perspective d'un deuxième jour de liesse, à passer en compagnie de son amant.

XIX

Ils allèrent donc, le mardi, dîner chez Lapérouse, et d'assez bonne heure. Beaucoup de tables étaient inoccupées encore.

Jean-Marie, qui recherchait toujours le voisinage des fenêtres, s'installa près de l'une d'elles, dans une pièce petite au plafond bas, aux murs ornés de peintures vieillottes, et il commanda le menu, tout en reluquant les personnes qui entraient dans la même salle, celles qui passaient par cette salle pour pénétrer dans la suivante, et celles même que l'on voyait par la porte ouverte, passer directement de l'escalier à la salle du fond.

Élise et Jean-Marie n'avaient pas achevé le potage, que firent leur entrée Saulieu et sa maîtresse. Ceux-ci allèrent tout droit à une table située à l'encoignure opposée, c'est-à-dire qu'Élise, assise vis-à-vis de Jean-Marie, les voyait et voyait surtout la maîtresse de Saulieu, celui-ci tournant le dos à Jean-Marie.

Avant de s'asseoir, les hommes s'étaient reconnus et avaient échangé un signe. Jean-Marie, d'abord pâle, avait « piqué un soleil » comme un collégien.

Nullement troublée, Élise lui demanda :

— Tu les connais?