— Allô!…
— Allô!… répondit sur le même ton Saulieu, sans plus bouger que n'avait fait Le Coûtre.
— Avez-vô bien dîné?…
Puis ils ajoutèrent quelques propos d'une parfaite niaiserie.
La maîtresse de Saulieu riait à s'étouffer.
Élise assistait à cela, sidérée, le jugement suspendu, ne sachant pas… N'avait-elle pas vu les choses les plus extraordinaires depuis qu'elle avait dit adieu aux mœurs des siens? N'avait-elle pas tout trouvé beau et bien, pourvu que son amour le couvrît? Elle faisait la figure d'une jeune femme mariée à un étranger et qui assiste pour la première fois à une représentation donnée dans une langue qu'elle ignore, mais qui est celle de l'homme aimé d'elle.
Élise éprouvait, par-dessus tout, la satisfaction de voir son amant rasséréné, rieur, et mieux dans son élément, sans aucun doute, qu'il ne l'avait jamais été depuis qu'elle le connaissait.
La farce des deux pantins se poursuivait, à l'inextinguible joie de l'amie de Saulieu, qui, parfois, d'une voix cristalline, ajoutait du sien aux communications téléphoniques. La glace, par le moyen de ce jeu, était rompue. Le moyen, après cela, de ne pas se rapprocher? Les présentations, du moins celles des deux femmes, furent faites en bredouillant. Parmi les rires, Élise ne remarqua même pas que son amant disait, non pas : « Monsieur et madame », mais « Monsieur Saulieu » et puis : « Madame… »
On se réunit pour prendre les liqueurs. Élise ne pensait pas à elle-même, pas davantage à la situation, mais seulement à la joie de Jean-Marie.
Quand on se quitta, Élise dit à son amant :