— Ils t'auraient peut-être invité à leur table?
— C'est probable. Et puis?
— Et puis, je te gêne : voilà ce que je constate.
Jean-Marie empoigna de sa main puissante les doigts menus d'Élise, et, très sincèrement, il les retint avec tendresse.
Élise demeura un moment mélancolique. Elle faisait un retour sur elle-même et sur les choses. Alors elle eut cette réflexion inattendue, qui stupéfia son amant :
— C'est bien la première fois, soupira-t-elle, que je regrette de n'être que ta maîtresse!…
Si une occasion de parler devait se présenter, c'était bien celle-là. Jean-Marie n'eût jamais osé souhaiter circonstance plus favorable à ses fins ; et il pouvait ainsi atteindre son but sans déloyauté finale. Mais il était trop surpris, trop ébaubi par la trop belle faveur du destin. Et en outre, comme toujours, se présentait l'idée de parler, de s'engager dans une explication, de dire par exemple : « Nous ne sommes qu'amants? Mais eux aussi!… Alors?… » Non ; il dit un mot quelconque et inutile :
— Pourquoi?
— Parce que, dit Élise, tu aurais pu te trouver avec des gens qui t'amuseraient peut-être… Et je serais tout de même restée avec toi…
Non, Jean-Marie n'était pas homme à piétiner si longtemps et à se donner des palpitations comme une femmelette!… Puisqu'il était encouragé par Élise elle-même, et sans bien saisir d'ailleurs ce qu'il y avait de charmant dans l'être délicat dont il retournait le sort comme une carte à jouer, sans s'incliner à gauche ni à droite, tout en savourant son café, il mima soudain, vulgairement, une scène de Footit et de Chocolat qui désopilait alors Paris, au Nouveau-Cirque. La scène était classique parmi les habitués de la brasserie fréquentée par Saulieu et Le Coûtre. On imitait le téléphone, instrument encore rudimentaire. Et Jean-Marie, prenant tout à coup un étrange accent anglais, dit :