Janvier 1912.

L’Art pour l’art.

Conception qui semble fausse, parce qu’on entend généralement par là que l’art né de l’art même n’a pour fin que lui-même. Mais l’art ne naît pas de l’art. L’art naît de collaboration amoureuse de notre inconscience, d’une part, et d’autre part de la vie.

L’art produit par un homme uniquement préoccupé d’œuvres d’art, est stérile. L’art viable ne vient pas du temple; il vient de la rue et s’achemine vers le temple.

Ce n’est pas sur le but de l’art que l’on se trompe en prononçant la formule l’art pour l’art, c’est sur l’origine de l’art. L’art n’a pas d’autre fin que l’art, mais il ne provient pas que de l’art.

L’émotion qui vient de l’admiration de l’œuvre d’art a quelque chose qui brûle et consume les organes de la fécondation artistique chez celui qui l’éprouve. Elle le leurre. Elle le pousse à faire œuvre d’art, mais elle le bute à l’imitation de l’œuvre d’art. L’œuvre d’art originale a une origine plus modeste; elle est d’ordinaire plébéienne, si l’on peut dire: ses générateurs ne sont pas œuvre d’art.

1912.

Les compliments du monde sont aussi prompts, aussi vifs que les dénigrements.

1912.

«De balustres plus hauts.» Titre possible d’un roman de l’auteur de «l’Enfant à la Balustrade».