Conclure à un stoïcisme qui admet et pratique le sourire—à mon sens le degré le plus élevé de l’héroïsme. Tableau de toutes les injustices possibles; beauté de la raison bafouée, exaltation des médiocrités, triomphes des médiocres—et conclusion sereine dans la contemplation intérieure, comportant une sorte de joie qu’une conception de beauté s’élève de ce bourbier, sourire ému à la fleur qui naît de la fange.

1912.

Celui qui «s’exprime bien», c’est celui qui fait un soliloque, c’est celui qui, s’adressant dans la conversation à autrui, ne tient pas compte d’autrui, mais de soi-même. Celui qui tient compte d’autrui, ne s’exprime plus déjà bien; il s’exprime et il se déprime à l’usage d’autrui; la force qu’il emploie à définir autrui, puis à dire pour autrui ce qui peut être entendu par autrui, il l’emploie à ses propres dépens, il se fatigue, et de plus il se trahit en usant d’une langue qui n’est pas tout à fait la sienne.

1913.

Les femmes qui sont douées d’imagination, on n’a pas en somme avec elles d’autre plaisir que celui de la conversation; car elles n’emploient leur imagination qu’à concevoir d’autres amours, et vous en souffrez si vous êtes leur amant. Il ne faut pas être leur amant, il faut être celui qu’elles peuvent rêver d’avoir pour amant.

Sans date.

On est en train d’apprécier un monsieur, et, d’ailleurs, avec bienveillance. Quelqu’un conclut:

—Oui, oui; mais c’est un homme qui ne casse rien.

Ça y est. L’homme est exécuté, car, pour être un citoyen qui compte, il faut casser quelque chose. L’état d’esprit qui exige ce sacrifice, est aujourd’hui généralisé.

S’il s’applique à un homme qu’on dit, par exemple, intelligent, le «il ne casse rien» signifiera que le pauvre garçon n’a rien d’extraordinaire.