Il n'était point troublé, et dit, en entrant, qu'il faisait un temps superbe. On parla de la saison qui s'annonçait chaude. Les pluies manquaient à Langeais. Si on l'eût écouté, rien n'était plus aisé que d'aménager une prise d'eau dans la Loire même; mais non! Et Cadoudal tarissait les pompes! Ces idées potagères lui remirent en mémoire les trois petits sacs de graines trouvés à la gare.
—Alors, dit Félicie, c'est vous qui les avez apportés?
Elle lui avait adressé la parole!
Quand elle sut qu'il avait parcouru à pied, les petits sacs et sa valise à bout de bras, la route de Port-de-Piles jusqu'à la rencontre fortuite du boucher, elle dut le remercier. En plein désastre, il bénéficiait de tout. C'était l'histoire de sa vie entière qui se poursuivait, identique.
Il se fit conduire le lendemain à Beaumont, dans le break de la maison; il vit son notaire, ses créanciers; parla, promit, jura, se montra surtout, et montra davantage encore la voiture de madame Planté et Fridolin. En trois journées de démarches, sa faconde, sa mine épanouie et l'adresse qu'il laissait à chacun: «Casimir Fantin, à Courance», avaient conjuré le danger immédiat. On le voyait arriver, le soir, en triomphateur. L'intérêt de ses récits était en proportion des craintes que l'on avait éprouvées, et on finissait par accorder du mérite au moindre pas qu'il faisait pour se tirer de l'abîme. Mieux que cela: ce genre de préoccupation détournait Félicie de l'obsession de sa maladie,—danger désormais le plus redoutable, car elle se frappait,—et voilà qu'on en savait gré à Casimir.
Cependant, Félicie fit observer qu'à Langeais on paraissait se soucier médiocrement de l'absent: point de nouvelles.
—Peuh! faisait Casimir.
—Mais enfin! dit Félicie, tout votre espoir de salut gît là-bas?
—Hu-hu!…
—Quoi?