Un beau dimanche, la troupe amicale des bûcherons et bûcheronnes arriva avec sa marmaille. Tous ces gens étaient blêmes, les jambes vacillantes, les yeux exorbités, beaucoup d'entre eux même ayant restitué leur déjeuner comme des personnes souffrant du mal de mer.

Ils eussent vu la moitié de la planète se détacher et tomber dans la nuit vide, qu'ils n'eussent point manifesté plus de terreur.

Qu'avaient-ils donc vu? Ils avaient vu, sur l'herbe, étendu, à la porte de l'un des pavillons, un lézard vert de la taille d'un cheval de trait.

Gilles se tenait les côtes.

—Il y en a deux, disait-il…

—Et vous dites cela, s'écrièrent les gens du bois, comme vous parleriez d'une portée de lapins!…

—Comment! disait Gilles, je vous ai menés un jour voir des pavillons poussés dans la nuit, comme des morilles après la pluie, et cependant plus anciens l'un et l'autre que votre arrière-grand-père: vous n'avez pas bronché; et vous voilà aujourd'hui les membres coupés et le ventre débordant comme un marais, parce que vous avez vu un lézard!…

—Quatre maisons comme la tienne tiendraient dans sa panse! murmurait un homme tremblant.

La mère Gilles opina:

—Je n'aime pas ces bêtes-là… non plus que tout ce qui arrive…