A la sortie, mon frère Paul, qui s'était tenu aussi patiemment que toute la famille, vint à côté de moi et psalmodia:
—Sainte Madeleine Doré, priez pour nous!... Sainte Madeleine Doré, priez pour nous!...
Et les cinq gamins, frères de Jacqueline-Jeanne, qui l'environnaient, de pouffer de rire. Puis Paul dit seulement:
—Sainte Madeleine Doré!...
Et les autres répondaient en chœur:
—Priez pour nous!...
Jacqueline-Jeanne gourmanda fortement ses cinq frères, mais elle ne pouvait elle-même s'empêcher de rire. On me vénérait, oui; mais, dans le secret, toute cette jeunesse se moquait de moi.
Ma famille, à moi, appréciait diversement les résultats de ma conduite excellente. Maman, sans façons, trouvait que j'avais besoin de me "dégourdir" un peu. Grand-père, quand il était chez les Vaufrenard, souriait, je le sais, de mon zèle; une de leurs paroles m'avait frappée: "On a fichtre bien le temps d'être sage!..." Mais quand il était vis-à-vis de sa femme, il ne l'osait contredire, et grand'mère se montrait satisfaite à l'extrême de la "jeune fille modèle" que j'étais, au dire de toutes ces dames. Elle tirait surtout son plus vif orgueil des attentions dont j'étais l'objet de la part des "meilleures familles" de mes compagnes, et particulièrement des Charpeigne. Cette famille, si digne, si nombreuse, le saint rayonnement qui l'auréolait, les compliments éperdus qu'elle faisait de moi, soit au salon du couvent, soit par correspondance, tournaient positivement la tête à ma pauvre grand'mère, et quoiqu'elle eût toujours eu, dans son affection, une préférence marquée pour mon frère, elle concevait à présent pour moi une sorte d'admiration dont j'étais flattée, et qui me rapprochait d'elle.