Mme du Cange, qui prenait chacune de nous en particulier, une fois par semaine, m'arrêta sous la charmille, et me dit:
—Mon enfant, si quelque fait insolite s'était passé, pendant les dernières vacances, est-ce que vous ne me le confieriez pas?
Je protestai, sans comprendre en aucune façon. Ma confiance en elle n'était-elle pas toujours la même? Et très sincèrement, je me demandais: "Que se serait-il passé ces vacances dernières?" Elle me dit:
—Il y a quelque chose de changé en vous, mon enfant...
—Mais non, madame, je vous jure!
—Il y a quelque chose... cherchez!... Voyons! cherchons ensemble: n'auriez-vous pas gardé de ces vacances quelque souvenir, agréable ou douloureux, mais tenace, et qui se loge dans un coin de notre âme, comme une parole frappante qu'on ne peut plus oublier et qui suscite sans cesse des pensées autour d'elle?
—Mais, non, madame!
—Vous n'avez contracté aucune amitié nouvelle?
—Mais, non, madame...
—Point de nouveaux chagrins de famille?... Je sais, ma chère enfant, que la grande perte que vous avez subie a laissé en votre excellent cœur une blessure profonde; cependant, il faut se résigner à la volonté de Dieu. Il faut aussi avoir confiance en sa miséricorde: vous n'êtes pas tourmentée du sort de l'âme de votre digne père?...