Puis, peu à peu, ces gouttes, moins espacées, pénétrèrent les feuillages. On sentait chaque feuille qui ployait sous le poids de la perle humide, et cela faisait du bien. Les dames rentrèrent. Je me trouvais abritée sous une grande branche de platane. Une goutte d'eau énorme me tomba sur le bras, et je la bus. On me criait, du salon:
—Madeleine, Madeleine, tu vas être trempée!
Mais je n'osais pas rentrer: je pleurais.
Chaque jour, après cela, je me mis à pleurer, pour des riens. Ou bien j'étais d'une gaieté exagérée. Et je m'occupais, avec un soin excessif, de ma toilette. Cela ne pouvait manquer de frapper ma famille. Maman m'avait dit déjà, plusieurs fois, en souriant, avec indulgence:
—Mais, Madeleine!...
Elle n'ajoutait rien. Je ne disais rien. Quand grand'mère eut vent de quelque chose, ce fut une autre affaire! Je me sentais observée, épiée, dans tous mes gestes, dans toutes mes paroles, à tous les instants; mes tiroirs, dans ma chambre à coucher furent fouillés, et, sans s'adresser encore à moi, c'était à maman que l'on faisait de gros yeux, dans les coins, en disant, un doigt levé:
—Ma fille, attention!... attention!
Mme Vaufrenard, qui voyait clair en ces affaires, dut parler à grand'mère ou à maman, et leur dire par qui elle me croyait troublée, car il y eut tout à coup alerte à la maison. Il faut avouer aussi que j'avais été d'une sottise rare, le dimanche qui suivit ma rencontre avec le jeune homme: j'espérais le revoir; il ne vint pas; mon espoir, mon attente, mon angoisse et enfin ma désolation, je ne sus aucunement les contenir; et il y avait Henriette Patissier qui ne me perdait pas de l'œil! et Mme Vaufrenard qui affectait précisément de ne pas me regarder! et ma famille!...
Elle n'entendait pas du tout que les affaires de mariage commençassent de cette façon; c'était d'une imprudence! sinon inconvenant! Qui est-ce qui connaissait seulement ce jeune homme, qui, en somme, n'était encore qu'un étudiant? Et moi, qui allais, comme cela, s'il vous plaît, m'enflammer, à la sournoise, sans avertir seulement ma mère! Ah! bien, ce n'était pas la peine de s'être ruiné à me fournir une bonne éducation, pour que, à peine jeune fille, j'en vinsse à exhiber devant tout le monde des sentiments exaltés, et sans pudeur! Etait-ce au couvent que l'on m'avait enseigné un tel manque de retenue? Etait-ce au couvent que l'on m'avait appris à me passionner de la sorte?