Mme de Châteaubedeau avait justement dans ses relations une certaine demoiselle de Quinsonas, issue d'une famille des plus honorables, mais ruinée par le Système, et dont elle savait le plus grand bien quant à la science et à la moralité.

Le marquis Foulques haïssait les figures ingrates et décrépites; il les prétendait néfastes à la jeunesse, et pour rien au monde n'eût consenti à ce qu'une d'elles respirât au chevet de sa fille. C'est pourquoi il avait tout d'abord froncé le sourcil un peu plus longuement qu'à l'ordinaire, au seul mot de gouvernante.

«—Ma fille, dit-il, ne sera point élevée par une duègne. Ces vieilles sottes inculquent à l'enfance des idées d'un autre âge; elles ont des manies invétérées et l'obstination des mules, sans compter qu'il leur arrive fréquemment de répandre une aigre odeur.»

Mais Mme de Châteaubedeau le tranquillisa en lui affirmant que Mlle de Quinsonas réunissait précisément le double avantage d'offrir des dehors agréables et une docilité parfaite aux exigences des familles touchant les méthodes d'éducation. Elle était la propre nièce et filleule de Mgr l'évêque d'Angers, et vivait présentement dans une petite ruelle avoisinant la cathédrale, d'une maigre rente servie par la munificence épiscopale. La description de cette maison humide et basse abritant une personne pleine de mérites, suffit à gagner le cœur excellent de Ninon, qui ne savait plus comment témoigner sa reconnaissance à Mme de Châteaubedeau.

Il fut sensible pour tout le monde que la maîtresse de M. de la Vallée-Chourie avait aujourd'hui tiré la famille de la situation la plus difficile.

La seule Mme de Matefelon, qui ne perdait point la tête, s'avisa, le soir, de faire observer à Ninon, qu'en somme, on avait pris un parti bien promptement.

«—Croyez-vous?» dit Ninon.

«—Je le crois, dit Mme de Matefelon, car cette gouvernante ne vous est connue, en somme, que par Mme de Châteaubedeau, qui a rendu elle-même son intervention nécessaire par les désordres de sa conduite.»

«—Je l'oubliais, fit Ninon; mais tout cela c'est de quoi se rompre la tête…»

VIII