C'était madame Pacaud; je l'appris dès le matin par un mot du notaire, qui me mandait en même temps, en ma qualité de «mitoyen», que la vendange Quinqueton allait être vendue «debout» et la terre par autorité de justice.
C'était fait! la grande bête au clair de lune, l'Hypothèque… elle mangeait le pauvre monsieur Quinqueton!…
Au soleil du matin, je vis, par ma fenêtre, madame Pacaud dans les vignes. Elle n'était déjà plus très jeune, vingt ans auparavant; elle n'avait pas changé beaucoup; à la lorgnette, je la reconnaissais bien.
J'allai au-devant d'elle. Elle me prit pour le clerc du notaire. Je lui dis:
—Mais non! je suis le petit Francis, qui jouait autrefois avec Prosper.
Ma rencontre ne lui plaisait point; je vis l'embarras de sa figure. Tout un drame y fut apparent: la surprise, la crainte d'être bernée, l'examen attentif de ma personne, l'envie de se donner le plaisir de me reconnaître, de parler des temps anciens, la curiosité de savoir comment j'étais là, puis le rappel de quelque nécessité supérieure qui lui interdisait sans doute de parler.
—Je ne veux point vous gêner, madame Pacaud; j'avais seulement l'intention de vous souhaiter le bonjour et de vous demander des nouvelles de monsieur Quinqueton…
—Il va bien.
—C'est l'essentiel. Je ne vous demande pas de nouvelles de Prosper: je l'ai vu à Paris.
—Nous savons ça, monsieur Prosper nous l'a dit. Ah! bien! si je pensais me trouver nez à nez avec monsieur Francis dans le Saumurois!…