Elle était émue, madame Pacaud. Ma présence inopinée, mais plus encore le poids écrasant du silence qu'elle était tenue d'observer, la suffoquaient. C'était une bonne femme de soixante-cinq ans environ, aux traits ordonnés, à la figure honnête. Elle portait la coiffe de Vendôme et était vêtue avec une extrême propreté.

—Eh! mon Dieu! voilà comment on se retrouve, madame Pacaud. Le monde est si petit! Mais aussi pourquoi venez-vous si matin à trois enjambées de chez moi?…

—A trois enjambées? Vous habitez donc ici! fit-elle, sans cacher son effroi.

—J'habite, madame Pacaud, le grand pigeonnier que vous voyez là.

—Un Parisien! vous voulez rire, monsieur Francis!…

—Venez déjeuner avec moi, madame Pacaud, je vous montrerai mes titres de propriété.

Je sentais bien que par là je la poussais dans ses derniers retranchements. Étant propriétaire voisin, j'étais destiné à apprendre la vente, et sur l'heure. Il était vain désormais d'essayer de me taire la détresse de son maître. La fin du drame se joua dans son regard affolé; puis la joie de parler noya un moment sa douleur même.

Son premier cri fut:

—Vous ne direz rien à monsieur Prosper!

—Je vous le promets, madame Pacaud.