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Je n'ai aucune mémoire d'une sortie à l'époque du Carnaval ni de la Mi-Carême. Pour les vacances de Pâques, je pris le train et passai la dizaine de jours dans ma famille jusqu'à la dernière minute autorisée, de sorte que je ne sus rien des événements de la rue du Gervis-Vert, bien qu'au Collège je visse Raoul tous les jours; mais nous étions ainsi faits, que cette histoire qui nous intriguait dès que nous avions pénétré chez madame de Saint-Quenain, aussitôt franchie la loge du Frère portier, s'effaçait devant nos innombrables petites préoccupations de collégiens. Ce ne fut guère que dans la première semaine de mai, que nous nous retrouvâmes plongés tout à coup au cœur de l'aventure. Les histoires, comme les chats, sont attachées aux lieux, aux habitations; on les quitte, on les retrouve. Dès que j'apercevais le pignon de la rue du Gervis-Vert, je m'informais avec empressement d'Armande Desblouze.
—J'espère, nous dit ce jour-là madame de Saint-Quenain, que nous allons en avoir fini bientôt avec ce roman…
L'humeur n'était pas très bonne, au rez-de-chaussée. On y sentait une lassitude d'entendre perpétuellement parler mariage, amour, projet d'avenir; de chez les déshéritées du second, tombait sans répit une pluie paradoxale de mots de bonheur. En y faisant de brèves allusions, madame de Saint-Quenain haussait les épaules.
—Madame Desblouze est insensée, disait-elle; tant qu'un homme n'est pas libre de tous liens, une mère n'accepte pas qu'il fasse la cour à sa fille… Que le mariage vienne à manquer ou plutôt que l'autre demeure indissoluble—au point de vue religieux s'entend—la situation d'Armande sera délicate…
Radegonde enchérissait:
—Il lui restera une ressource: épouser un homme divorcé.
—Tu es dure, lui fit observer son frère.
—Ce n'est pas moi, dit Radegonde, qui ai trouvé cette solution, ce sont des parents que madame Desblouze possède à Paris, et qui la lui ont laissé entrevoir.
—Et que dit madame Desblouze de cette solution?