—Mais je ne dis pas que monsieur Baudru, votre député, soit mauvais; je dis que je connais Plateau, qu'il passe ici tous les jours.
—Oui, oui; vous ne dites pas… vous dites… C'est entendu!… N'empêche que nous autres, avec monsieur Baudru, voilà près de douze mois qu'on attend, le bec dans l'eau, après une place pour mon frère cadet!…
—Mais, qui vous dit, ma pauvre bonne femme, que monsieur Baudru peut disposer ainsi d'une place? et d'une place au Bois-de-Boulogne qui relève de la Ville?
—De la Ville, c'est bien ça; mais, à en croire les on-dit, chez nous, monsieur Baudru serait un homme qui fait la pluie et le beau temps…
—C'est beaucoup dire!
—Oh! tenez, monsieur, j'en aurai le cœur net, puisque je vois bien que vous en savez long sur les uns et sur les autres, et vous avez la franchise peinte sur la figure; j'ai bien entendu dire aussi contre monsieur Baudru… allez!… Il y a un cocher de remise, nommé Grincet, qui ne s'en prive pas… Voyons! c'est-il vrai, oui ou non: il y en a qui vont jusqu'à soutenir qu'il n'est pas républicain!…
Elle prononce le mot «républicain» d'une voix assourdie et comme s'il s'agissait d'un terme fatidique, surtout propre à ouvrir toutes les portes. Je me tais. Elle reprend, très anxieuse:
—Il y en a qui disent qu'il est républicain, d'autres qui soutiennent qu'il ne l'était que sur ses affiches: allez donc voir, nous autres, le pauvre monde, à qui croire là-dedans?
—Mais, je ne sais pas plus que vous ce qu'est en réalité monsieur Baudru: sans voter avec le gouvernement…
—Il ne vote pas avec!… Il n'est pas du côté du gouvernement!… Voilà bien ce que je m'étais laissé dire!… Et comment être prévenus de ça, nous autres? moi qui ne vois quasiment point de mes yeux à lire l'imprimé, et mon frère qui n'achète point de journal de peur d'être vu par un mouchard en train de lire celui qu'il ne faut pas!…