Après trois mois et demi de travaux—coupés d'ailleurs par une grève partielle du «bâtiment», puis par une grève des plombiers—un beau matin, le petit édifice, au bout du jardin, derrière le rideau des troènes, se trouve enfin couvert, clos et garni intérieurement des accessoires que peut comporter une salle de bains munie de tout le confort moderne.
M. Bullion, madame Bullion elle-même oublient les vicissitudes sans nombre que cette construction leur a causées. La salle de bains a si bon air, et l'appareil, plus perfectionné, ma foi, que leur propre chauffe-bain, fonctionne avec une telle rapidité, une telle complaisance, que M. Bullion émet un moment l'idée de s'en servir pour son usage personnel.
—Mais, dit-il, ne renonçons pas à nos intentions généreuses; je vais appeler François, Amélie et la cuisinière; je ne veux pas tarder plus longtemps à jouir de leur heureuse surprise.
Ahuris, s'avancent les trois domestiques.
—Entrez, dit monsieur Bullion, entrez!
Et il les pousse à l'intérieur.
—Eh bien, qu'est-ce que vous dites de ça, mes braves?
La femme de chambre, Amélie, et Honorine, la cuisinière, sont prudentes; elles soupçonnent quelque piège et s'en rapportent à la décision du domestique mâle.
François, pour faire mieux que de parler, a pris soin, tout de suite, de frotter une allumette, d'allumer la veilleuse, de tourner le robinet de cuivre; il s'occupe, il expérimente, il se brûle même la main au filet d'eau qui passe soudain du froid au tiède et à la température d'ébullition, en répandant un nuage de vapeur. M. Bullion, par plaisir, touche une à une les pièces de la robinetterie, il remue du pied le tapis de liège, fait sonner du doigt la tôle de la baignoire que supportent des griffes de félin, enfin, se retournant vers ses trois serviteurs:
—Eh bien! je vous répète: qu'est-ce que vous dites de ça?