CE QUI NE SE PEUT PAS
—Oh! dit madame Bullion, je vous devine, vous: vous voilà encore en train de manigancer des projets!…
M. Bullion revenait du fond de son jardin, un double mètre replié sous le bras, son carnet à la main et prenant des notes avec impétuosité.
—Chut! fit monsieur Bullion en désignant du doigt les soupiraux de l'office, je ne veux à aucun prix que les gens soient informés de ce que je médite.
—Je vous connais! Vous méditez quelque invention qui va nous coûter les yeux de la tête et qui ne sera appréciée de personne… Mais qu'est-ce que vous pouvez bien combiner au bout de ce jardin, en cachette de vos domestiques? Je suppose que votre intention n'est pas de leur installer un jeu de boules?
—Ma bonne amie, dit monsieur Bullion, je me propose de faire participer les gens qui m'entourent au progrès le plus élémentaire de l'hygiène moderne. Il est inadmissible que nous vantions tous les jours devant nos domestiques les bienfaits des ablutions générales, de la douche écossaise ou du «tub» bouillant, à la manière des Japonais, sans songer que ces gens sont pourvus du même système physiologique que le nôtre, éliminent comme nous par les pores de la peau des toxines qu'il est dangereux de laisser se résorber, enfin jalousent un bien-être évident qu'ils contribuent à nous procurer de leurs mains et qui cependant leur demeure totalement étranger. J'ai résolu de faire construire, au bout du jardin, derrière la haie des troènes, proche de la prise d'eau qui sert à l'arrosage, une salle de bains, telle qu'on en installe aujourd'hui jusque dans les logements les plus modestes.
—C'est insensé! dit madame Bullion.
—Pourquoi est-ce insensé? Cela me semble, à moi, élémentaire.
—C'est insensé, dit madame Bullion, parce que cela ne se fait pas.
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