Leur horreur de chien ne prit pas pour lui cette parole de paix, mais, d'un seul mouvement, Pillon, sa femme et la «jeune fille» se ruèrent, non sur le chien, mais sur l'apache, l'une, d'un geste vain lui arrachant la casquette, l'autre lui déchirant bien maladroitement son habit, enfin, le baigneur, d'une main sûre, rompant le moulinet mortel. Après quoi, tous, père Pillon, mère Pillon et jeune fille regardèrent les Anglais. La jeune fille même, disposa deux chaises près de la table qui portait le siphon d'eau de seltz.

Mais les Anglais, eux, regardaient les chiens, non les gens.

Ils s'intéressaient au combat. L'un d'eux daigna sourire parce que le bull relevait vers lui sa gueule toute poilue, poilue du poil sanglant de l'héroïque Mouton. Cependant le bull, avalant du poil, reniflant du poil, commença de s'étrangler, de chanter comme un gamin atteint de la coqueluche et d'avoir des haut-le-corps comme un malade du mal de mer. L'apache, tout à coup apaisé, se mourait de rire, se tordait en tire-bouchon. Un des Anglais souleva le coin de la lèvre et laissa entendre un seul mot «Up!» Tous deux enfourchèrent leur machine et s'éloignèrent avec leur chien toussant, éternuant, vomissant, étouffant, détalant quand même.

Je ne pus me tenir de dire au baigneur:

—Et vous ne lâchez pas à présent votre chien à leurs trousses?

Mais Pillon, sublime en son espoir têtu, répondit:

—Des fois qu'i s'raviseraient en repassant!…

*
* *

Il soulevait, à pincées, la peau de son bon chien blessé et en examinait attentivement, affectueusement, les bourrelets velus, dégarnis çà et là, ou piqués d'une tête d'épingle de rubis.

«L'efflanqué» avait ôté sa veste que la jeune fille s'apprêtait à raccommoder. En attendant, il s'était installé à la petite table; il badinait avec le siphon, et, la patronne elle-même, en rechignant sans doute, mais par crainte peut-être, par hébétude douloureuse, ou par une résignation dépitée au sort le plus désastreux, lui versait, à lui, dérisoire client! la consommation qu'il avait dû, d'ailleurs, réclamer impérieusement pour sa peine.