—Parce qu'il perdrait sa peine, je suppose. Une femme jeune et jolie, comme tu l'es, a le droit d'être choyée, adulée, caressée, aimée. Allons, allons! Marie, tu ne me feras pas croire que tu te maintiennes en beauté et en forme, comme te voilà, sans que l'amour y prête la main…

—Ah! ma pauvre Lucile, je te jure…

—Oui, oui, par téléphone, tantôt, c'était bon; mais parce que c'était par téléphone; tu as conservé ta prudence en même temps que ta beauté; mais là, entre nous, voyons! ton mari te néglige, te trahit probablement, c'est ce que je devine, et toi, tu laisses passer les jours, les mois, les années peut-être, sans plus seulement connaître une étreinte passionnée? Est-ce possible?

—Tu parles comme dans les romans, Lucile, mais dans la réalité, je t'assure que vivre sans ce que tu dis est possible, très possible, et je ne suis pas la seule à en avoir fait l'expérience. Diable! comme tu y vas! mais, ah! çà, voyons, toi, Lucile, suppose que, par hasard…

—Oh! moi, c'est bien différent, mon cas est peut-être un peu singulier: mon mari continue à m'adorer, depuis huit ans, et moi je ne conçois pas d'autre homme que lui.

—Eh bien! j'ai au moins ceci de commun avec toi, Lucile, c'est que je n'ai jamais imaginé, moi non plus, un autre homme que mon mari…

—Mais alors, tu l'aimes?

—Non, en vérité, non, je ne l'aime plus, et depuis beau temps déjà. Si je l'aimais je n'aurais pas fait toute seule ce voyage, pour venir causer de mes petites affaires avec toi et consulter un avoué.

—Tu ne l'aimes plus; en es-tu sûre?

—Mais, ma pauvre amie, voici trois ans et demi qu'il ne s'est pas passé ça, entends-tu? ça, entre lui et moi. Il se ruine et se lance dans toutes sortes d'affaires plus ou moins louches, pour une affreuse petite grue qui chante dans un beuglant. Je me serais passée d'amour, encore, mais je tiens à sauver la fortune de mon enfant…